L’approche vigie se caractérise par le fait de moduler ses activités de surveillance en fonction de chaque patient : sa mise en application concrète se transpose aussi différemment dans chaque établissement où elle est adoptée. Voici quatre situations dans lesquelles l’approche vigie a permis de faire une différence.

Un meilleur tri des télécopies

Émilie Chénard était pharmacienne à L’Épiphanie lorsqu’elle a fait l’essai de l’approche vigie pour la toute première fois. Venue en renfort, en 2022, pour soutenir l’équipe, elle a fait face à un important défi de roulement de personnel.

Le principal irritant dans la pharmacie qui l’employait alors était la gestion des télécopies d’ordonnance. « On en recevait, des fax! lance la pharmacienne. C’était énormément de papier à classer, à trier. Il fallait voir lesquels étaient prioritaires… C’était impossible de tous les gérer en même temps. »
« Ça nous arrivait aussi que les patients, en sortant du bureau du médecin, viennent nous voir pour se faire servir leur ordonnance, mais on n’avait même pas encore traité le fax », ajoute Mme Chénard.

L’approche vigie a permis de revoir l’organisation du travail et d’affecter une assistante technique en pharmacie à la gestion des télécopies. Celles-ci étaient ensuite classées par ordre de priorité grâce à des pinces de couleur qui permettaient, en un coup d’œil, d’en déceler l’urgence.
« Ça nous a permis d’éviter que des ordonnances prioritaires ou plus urgentes ne soient pas traitées assez rapidement parce qu’elles étaient mêlées dans la pile qu’on recevait, explique Émilie Chénard. Ça a vraiment porté ses fruits. »

Exerçant désormais dans une pharmacie de Berthierville, la professionnelle y a apporté les acquis de l’approche vigie. « Là où je suis, on reçoit les ordonnances dans notre système informatique, mais on les trie encore par codes de couleur, c’est beaucoup plus facile », témoigne-t-elle.

Elle garde aussi en tête l’esprit de l’approche vigie. « La pharmacienne de l’Ordre qui m’a accompagnée m’avait dit : “Si tu n’as rien à apprendre lors de ton suivi, ne le fais pas”. Ça avait allumé une lumière chez moi », relate Mme Chénard.

Des suivis mieux répartis

Passionnée par son métier, Sophie Bonaventure l’admet elle-même : elle a toujours été une bonne élève, mais, surtout, elle est perfectionniste.

« Les standards de pratique de l’Ordre m’ont beaucoup interpellée; j’essaie toujours de les viser », confie la pharmacienne propriétaire de Bois-des-Filion, reconnaissant que cela peut être « anxiogène ». « Les pharmaciens, on veut toujours le mieux pour notre patient, on veut être parfaits; la moindre erreur est très grave à nos yeux. On ne les tolère pas! »

Dans le cas de son établissement, c’est entre autres la gestion de la clientèle utilisant des piluliers qui a été revue. « La plupart des patients avec piluliers ont recours à la livraison, on a moins l’occasion de les voir, relate Sophie Bonaventure. Ça m’interpellait beaucoup, parce qu’il s’agissait de patients vulnérables et moins autonomes. Je ne voulais pas qu’on devienne un service de distribution de médicaments sans interaction. »

La pharmacienne a donc usé de l’approche vigie pour catégoriser ces patients et leur attribuer des suivis planifiés tous les 3, 6 ou 12 mois, selon leur vulnérabilité. Ce calendrier de suivis lui a permis de répondre à ses inquiétudes tout en évitant de stresser sur le besoin de voir tous ses patients aussi régulièrement.

« Ce n’est pas parce que l’intervention ne prend qu’une minute qu’on n’a pas fait preuve de vigilance, allègue Mme Bonaventure. Si c’est tout ce qu’il faut pour recueillir l’information dont on a besoin, c’est correct! »

Pour elle, l’approche vigie a apporté « une fluidité dans le travail, une réponse plus adéquate aux besoins de chaque patient ». « Ça nous apprend à structurer notre travail, mais ça demeure un apprentissage de tous les jours », constate-t‑elle, ajoutant que d’appliquer l’approche au quotidien a parfois été un défi.

« C’est comme à l’université, il a fallu apprendre à étudier, parce qu’on ne pouvait pas tout apprendre par cœur! » affirme Sophie Bonaventure.

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