Une pharmacie a souvent des airs de fourmilière. Entre la gestion des nombreuses ordonnances, des différents services offerts et des suivis à effectuer, comment s’assurer que chaque minute est investie au bon endroit? L’approche vigie, présentée par l’Ordre il y a quatre ans, apporte de nombreuses pistes de solution. Bilan.
La révolution tranquille en pharmacie
Déployer ses efforts là où ils font une véritable différence : c’est ainsi qu’on peut résumer l’esprit de l’approche vigie, qui vise à alléger la pratique des pharmaciens tout en la rendant plus efficace.
Cette approche semblait nouvelle, mais c’est quelque chose que déjà bon nombre de pharmaciens faisaient d’instinct. Il s’agit essentiellement d’offrir à chaque patient les services dont il a besoin au moment où il en a besoin.
– Karine Patry
Publiés par l’Ordre en 2010 puis mis à jour en 2016, les standards de pratique résument ce qui est attendu des pharmaciens et les exigences auxquelles ceux-ci doivent répondre pour permettre la prestation de soins et services pharmaceutiques sécuritaires et de qualité.
L’un de ces standards, la démarche de surveillance de la thérapie médicamenteuse, en partenariat avec le patient, compte six étapes : la collecte de renseignements, l’évaluation des ordonnances et l’analyse de la situation, la réalisation des interventions appropriées, la vérification de l’impact de la thérapie sur l’état de santé du patient, la transmission de l’information pertinente et la consignation des renseignements dans le dossier du patient.
Un sondage réalisé auprès de nombreux pharmaciens dans le cadre d’un exercice de planification stratégique a révélé que, même si 85 % d’entre eux jugeaient que les standards de pratique déterminés par l’Ordre étaient utiles et nécessaires, les deux tiers (67 %) les trouvaient également « inatteignables, irréalistes et impossibles à mettre en place », confie Karine Patry, pharmacienne et inspectrice à l’Ordre.
Ce constat a suscité son lot de questions au sein de l’Ordre. « On s’est aperçus que les pharmaciens avaient compris qu’ils devaient appliquer toutes les activités de surveillance pour chaque patient de manière uniforme, relate Mme Patry. Mais ce n’était pas l’intention de l’Ordre derrière les standards de pratique. »
Une approche personnalisée et adaptée
En 2021, l’Ordre a donc présenté l’approche vigie, qui consiste pour ses membres à moduler leurs activités de surveillance de la thérapie médicamenteuse en fonction du niveau d’intensité de soins requis et des besoins des patients. Il s’agit donc de déterminer si les actions sont investies là où elles ont véritablement une valeur ajoutée.

« Cette approche semblait nouvelle, mais c’est quelque chose que déjà bon nombre de pharmaciens faisaient d’instinct, relève Karine Patry. Il s’agit essentiellement d’offrir à chaque patient les services dont il a besoin au moment où il en a besoin. Bref, d’évaluer au cas par cas l’intensité avec laquelle appliquer les activités de surveillance de la thérapie. »
« L’approche vigie, c’est reconnaître que je ne peux pas tout faire : je dois cibler les patients qui nécessitent d’être priorisés ou qui ont besoin d’une attention particulière », reformule la pharmacienne Émilie Chénard, qui a appliqué la méthode et reçu un accompagnement personnalisé dans une pharmacie de L’Épiphanie, dans Lanaudière.
Plusieurs facteurs ont une influence sur le niveau de surveillance à adopter pour chaque patient. Non seulement son âge, les facteurs psychosociaux, son niveau d’autonomie, l’atteinte des cibles thérapeutiques ou non, mais aussi la présence, ou non, de proches dans son entourage et le fait d’avoir ou non un médecin de famille détermineront si le pharmacien devra suivre ce patient de plus près.
La complexité de son état de santé, la présence de plusieurs maladies ou problématiques dont les traitements sont amenés à interagir et les capacités cognitives du patient entrent aussi en ligne de compte.
« Essentiellement, on n’a pas à effectuer la même surveillance auprès d’une personne âgée en perte d’autonomie, qui prend plusieurs médicaments, dont les cibles ne sont pas atteintes, et auprès d’une jeune femme qui prend un anovulant et du Synthroid depuis plusieurs années », illustre Karine Patry.
Une intensité variable
Les patients alertes et autonomes dont l’état de santé est stable et dont la prise de médicaments est contrôlée, n’ont donc pas besoin d’un suivi aussi étroit. Ce faisant, le pharmacien peut leur confier la tâche de le contacter en cas de besoin, s’ils constatent certains effets indésirables ou une dégradation de leur état, ce qui le libère ainsi et lui permet de s’occuper des cas plus urgents ou complexes.
L’intensité de surveillance est aussi amenée à varier dans le temps, selon l’évolution de la situation de chacun. « Si la même jeune femme prenant des anovulants et du Synthroid développait un épisode dépressif, il faudrait peut-être plusieurs essais thérapeutiques pour trouver le bon traitement, et donc effectuer des suivis plus rapprochés le temps qu’elle se restabilise », détaille Karine Patry.
« C’est comme si l’Ordre disait à ses membres : “C’est correct de ne pas appliquer la même recette pour chaque patient” », renchérit l’inspectrice.

Le grand soulagement
L’approche vigie n’est pas une exigence de l’Ordre, mais plutôt une suggestion aux pharmaciens pour mieux organiser leur travail.
Ce message n’est pas tombé dans l’oreille de sourds et a apporté un grand soulagement à de nombreux pharmaciens.
« L’approche vigie est venue me déculpabiliser sur les interventions que je devais faire, souligne Émilie Chénard. Si je juge que je n’ai pas de suivi à faire, je l’écris dans le dossier du patient, à qui je dis de me contacter au besoin. »
« J’avais un peu peur de l’Ordre, mais j’ai finalement rencontré des gens très ouverts et compréhensifs, poursuit-elle. Ça m’a fait réaliser que l’Ordre est là avant tout pour nous aider dans notre pratique. »
« Quand j’ai vu ça, j’ai compris que l’Ordre n’est pas là pour taper sur le clou, mais qu’il cherche à nous faire comprendre qu’on doit se concentrer pour faire la bonne chose pour le bon patient au bon moment, explique Sophie Bonaventure, pharmacienne propriétaire. De le comprendre, ça enlève la pression qui vient avec le fait de croire qu’on n’arrivera pas à tout faire dans notre journée. »
Cette situation fait sourire Karine Patry. « Mon rôle, comme inspectrice, n’est pas de chicaner les membres, mais de les accompagner, nuance-t-elle. À l’Ordre, on est là pour souligner leurs bons coups, qu’on pourra communiquer à d’autres pharmaciens aux prises avec les mêmes problématiques, leur indiquer quoi travailler et leur donner des trucs et astuces. »
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Élément à considérer |
Bonnes pratiques |
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Type de message |
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Consentement et horaire d’envoi |
– Avec l’approche vigie, on va se libérer du temps. »
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