Et si la meilleure option n’était pas un médicament? Il y a cinq ans, les participants au régime public d’assurance maladie du Québec « consommaient » en moyenne 25 ordonnances de médicaments annuellement, un chiffre qui augmente au fur et à mesure qu’on avance en âge. Or, avant de prescrire, une question s’impose : le médicament est-il toujours la meilleure option pour le patient?
Les approches non pharmacologiques regroupent des interventions qui visent à prévenir, à soulager ou à traiter un problème de santé sans recourir à un médicament. Selon la situation et les besoins d’un patient, elles peuvent par exemple englober de l’exercice physique, de la physiothérapie, de la psychothérapie ainsi que des changements d’habitudes de vie. Elles ne constituent pas obligatoirement une solution de rechange aux médicaments : elles peuvent aussi les compléter.
L’arrivée massive des antibiotiques a contribué à la croyance répandue que « tout peut se guérir » grâce à un médicament, estime Caroline Sirois, professeure titulaire à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval et chercheuse associée à l’Institut national de santé publique du Québec.
« On vit dans une société où la culture du médicament est très forte : il est perçu comme la solution. Dans certains cas, ça fonctionne très bien, mais il faut être conscient que la médication a aussi certaines limites », reconnaît-elle.

Dormir sans comprimés
Caroline Sirois donne en exemple les troubles du sommeil. « On a longtemps prescrit des benzodiazépines dans ce sens-là, explique Caroline Sirois. Pour ces problèmes-là, il n’y a rien qui fait des miracles, mais on a longtemps tenu le discours que la médication était le moyen le plus efficace. »
« Pourtant, le sommeil, c’est multifactoriel, nuance la pharmacienne. On n’a pas toujours le temps d’analyser globalement quelles sont les sources du problème; mais si on ne va pas voir, le sommeil ne s’améliorera pas. Alors, les médicaments deviendront plutôt une béquille. »
Pour ce type de troubles, les thérapies cognitivo-comportementales de l’insomnie (TCCi) peuvent être plus efficaces. « Beaucoup de gens qui en ont suivi une ont réussi à diminuer leur consommation de médicaments hypnotiques et ils sont désormais outillés pour faire face à un retour de certaines problématiques », mentionne Mme Sirois.
René Wittmer, médecin de famille et professeur agrégé de clinique à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, abonde en ce sens. « Des études démontrent que les TCCi sont plus efficaces que la médication, dit-il. Les patients ont rapporté avoir de meilleures nuits de sommeil et constatent que les bienfaits sont plus durables dans le temps. »

Agir sur la douleur autrement
Le traitement de la douleur peut lui aussi se faire sans médicaments, dans certains cas. « Des fois, les médicaments fonctionnent, d’autres fois non, explique Caroline Sirois. On peut faire différents essais avec plusieurs molécules, sans nécessairement bien les réévaluer, et les gens vont cumuler plusieurs médicaments qui entraîneront des effets secondaires. »
L’exercice physique, la réadaptation, la physiothérapie et la psychothérapie, entre autres, peuvent contribuer au traitement de certaines douleurs, suggère le Dr Wittmer. « On sait que pour les gens qui souffrent d’arthrose, l’exercice est très efficace, illustre-t-il. Il y a aussi des approches en psychothérapie qui aident les patients à vivre avec leur douleur. C’est une manière d’entraîner notre cerveau à percevoir la douleur différemment. »
« Dans le cas d’une tendinite, par exemple, les antidouleurs et les anti-inflammatoires vont aider un peu, mais ils ne vont pas s’attaquer à ce qui cause la douleur, contrairement à la physiothérapie », rappelle le médecin.
Les approches non pharmacologiques sont aussi efficaces dans la prise en charge de maladies chroniques comme le diabète de type 2. L’alimentation et l’activité physique peuvent notamment contribuer à améliorer le contrôle de la maladie et, chez certains patients, à renverser le diagnostic.
Pour un changement de culture
Selon le Dr Wittmer, professionnels de la santé et patients gagneraient à développer le réflexe de considérer les mesures non pharmacologiques avant de se tourner systématiquement vers un médicament.
Il faut se demander si c’est vraiment d’une pilule dont le patient a besoin. Les avenues non pharmacologiques ne sont pas une solution par dépit, c’est souvent la meilleure solution.
– Dr Wittmer
En tant que partenaire du patient, le pharmacien peut ouvrir un dialogue sur les options qui s’offrent à lui. Son expertise lui permet notamment d’évaluer les effets, les bénéfices, mais aussi les risques d’un traitement, et lorsque la situation s’y prête, de discuter avec le patient ou les autres professionnels de la santé de moyens non pharmacologiques à considérer.
Toutefois, les mesures non pharmacologiques comme la psychothérapie ou les services d’une nutritionniste ne sont pas toujours couverts, contrairement aux médicaments. Pour plusieurs, le changement de culture doit être amené non seulement par des changements dans les pratiques professionnelles, mais également une nouvelle perspective de système.