Prévention : agir avant d’avoir à traiter

Prévenir la maladie avant d’avoir à la traiter devrait aller de soi. Pourtant, le Québec dépense énormément pour soigner, peu pour prévenir. Investir davantage dans la prévention contribuerait à éviter de nombreuses maladies chroniques et, par le fait même, à réduire le besoin de recourir à certains médicaments.

Dans son Rapport de performance 2025-2026 du système de santé et de services sociaux, publié cet été, la Commissaire à la santé et au bien-être du Québec relève que les efforts de promotion et de prévention sont peu efficaces vu le manque de ressources dédiées et recommande au gouvernement d’y remédier.

Son appel trouve écho dans un rapport publié en août par la firme Aviseo pour le compte de l’Association pour la santé publique du Québec, de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC et de la Fondation québécoise du cancer. On y apprend qu’un renforcement des investissements en prévention, qui comptent actuellement pour moins de 3 % des dépenses en santé, permettrait d’éviter au moins 340 000 diagnostics de maladies chroniques dans la province d’ici les dix prochaines années.

Des maladies évitables

Selon Caroline Sirois, 50 % des troubles neurocognitifs sont potentiellement évitables par l’adoption de saines habitudes de vie. La Fondation des maladies du cœur et de l’AVC mentionne pour sa part que 80 % des maladies cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux précoces pourraient être évités de la même manière.

La Société canadienne du cancer, quant à elle, indique que quatre cancers sur dix pourraient être prévenus en s’attaquant au tabagisme, à l’inactivité physique, à l’alimentation et à l’exposition prolongée au soleil.

La consommation d’alcool, même modérément, est aussi à l’origine de plusieurs problèmes de santé évitables, note le Dr Wittmer.

Les habitudes de vie peuvent même modifier la trajectoire d’une maladie déjà installée. Des travaux menés au Centre ÉPIC de l’Institut de cardiologie de Montréal ont ainsi montré que près de la moitié des 34 participants atteints de diabète de type 2 qui ont modifié leur alimentation et pratiqué régulièrement de l’activité physique sont entrés en rémission.

Le rôle du pharmacien

Ces changements ne reposent toutefois pas uniquement sur la volonté individuelle : les conditions de vie, le revenu, l’environnement et l’accès aux ressources peuvent aussi faciliter ou freiner l’adoption de saines habitudes de vie.

« Il est toujours délicat de parler de prévention à quelqu’un qui est malade ou qui a déjà mal, reconnaît le Dr Wittmer. Parfois, on fait face à un patient qui souffre tellement qu’il a du mal à envisager de commencer à bouger. »

Dans ce cas, de la médication peut être nécessaire, ne serait-ce que temporairement, afin d’aider le patient à mettre en place des changements qui amélioreront son état.

La prévention ne repose donc pas sur une intervention ponctuelle. Parce qu’il accompagne souvent ses patients sur une longue période, le pharmacien peut profiter de différentes occasions pour aborder leurs habitudes de vie, les sensibiliser à certains facteurs de risque et les orienter, au besoin, vers les ressources ou les professionnels appropriés. Un conseil auquel un patient n’est pas réceptif aujourd’hui pourra porter ses fruits plus tard.

Camille Gagnon, directrice adjointe au Réseau canadien pour l’usage approprié des médicaments et la déprescription, rappelle que certaines périodes de la vie sont moins propices à ces changements.

Ce n’est pas parce qu’on n’adopte pas ces habitudes maintenant qu’il est trop tard. Si le patient n’est pas prêt, on peut lui en reparler quelques mois, voire un an plus tard.

– Camille Gagnon